Rubrique : Ressources documentaires
Catégorie : Escapades avicoles dans le Calaisis Ardresis
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La volaille dans le Calaisis et le pays d'Ardres en 1852

Une description du paysage de l'époque
d'après un article paru dans " The Cottage Gardener " -3-
Traduction : R.ADOLPHI


Suite de la page 2

Le pigeon-pie n'est donc pas un luxe extravagant. Mais le prix de tous les produits relatifs à la volaille est élevé sur tout le long de la côte du nord de la France, du moins jusqu'à Le Havre ou Cherbourg , du fait de l'énorme exportation vers l'Angleterre. À l'intérieur et vers le sud jusque Paris, il est moins cher. Les pigeons finalement coûtent peu cher à leurs éleveurs; ils se nourrissent de près ou de loin et commettent sans doute parfois de lourdes déprédations sur les cultures, tandis qu'aux autres saisons, ils rendent de bons services en consommant les graines de mauvaises herbes.
Bien que les pigeons soit unis pour la vie et restent assez fidèles l'un à l'autre, je pense que leur reproduction est fortement régulée , leur métissage étant favorisé par de nombreux accidents. Les forêts recèlent un certain nombre de grands faucons ; la nécessité de nourrir leurs petits les pousse à poursuivre les pigeons, qui se voient contraints par instinct à parcourir les champs lointains. Au printemps, beaucoup de pigeons se retrouvent veufs ou veuves , et en automne, dans un pays où tout homme a le droit de tirer sur son propre terrain et de protéger sa propre récolte, de nombreux pigeons sont supposés quitter leur colombier pour ne jamais y revenir. Les survivants ne sont pas inconsolables et trouvent rapidement un nouveau partenaire. Un mélange de sang fréquent en résulte.Quant aux coqs et aux poules, ils sont également innombrables et divers. Je n'ai pas vu le moindre symptôme d'une approche d'un pigeon ou d'une volaille de fantaisie; peut-être que la traduction en français de certains de nos livres et traités pourrait en réveiller le goût ; à l'heure actuelle, la seule concurrence semble être celui qui aura le plus, celui qui sera le plus complètement fourni jusqu'à la surcharge.

Maintenant je peux relater la scène que nous avons vécue dans une auberge de campagne que Pigault-Lebrun **, originaire de Calais, a insérée dans son premier roman. L'endroit correspondait exactement à ce que je venais de voir. Des vitres écrasées, des chaises aux pieds cassés, des tables vermoulues, des poulets pour la consommation qui couraient partout et laissaient sur tous les meubles des marques de leur passage, une hôtesse digne de nous toucher uniquement avec des pinces et un propriétaire de mauvaise humeur, tel était le lieu de divertissement où nous devions passer la nuit.
Je demandais ce qu'ils pouvaient nous servir à manger. La réponse fut " une excellente fricassée de poulets !" . Fabriqué avec ceux-ci ? dis-je en montrant ceux qui trottaient autour de nous. " Oui, monsieur, oui, répondit le gouverneur en se mordillant les sourcils, et vous pouvez être sûr qu'ils ne sont pas morts de la pépie !". Je lui promis très poliment de le payer pour ses poulets tout en le persuadant de les conserver. Je retournais à la berline, je revins avec les deux dames qui étaient mes compagnes de voyage pour les présenter. Elles me regardèrent et firent une de ces grimaces ! Le plan le plus sage fut alors de nous amuser de tout cela , c'était la décision qui fut prise.



Nous étions assis autour du feu. Juliette se réchauffait , Mademoiselle d'Héronville jouait de la guitare, je séchais mon manteau et le cocher nous fit sortir de la voiture , un moyen de consolation qui manque rarement d'effet. À peine avions-nous commencé notre souper, quand sept ou huit poulets ont sauté dans la vaisselle, picoraient le pain, la tarte et même la viande froide. Je crois qu'ils n'avaient rien mangé depuis deux jours. Je les ai chassés et j'ai fermé la porte, ils revinrent par la chatière, l'un sur le dossier de ma chaise, l'autre sur l'épaule de Juliette, un troisième accrochée dans les cheveux de mademoiselle d'Héronville. Nous nous sommes levés de nos sièges; nous avons couru dans la chambre en tenant les assiettes à la main, et les poulets nous ont suivies partout où nous allions. Le cocher prit une vieille marmite, la remplit à moitié de pain et de tourtière, la plaça devant eux dans un coin, ils tombèrent dessus et nous laissèrent tranquille.

Dans la nuit, une voix tremblante me réveillé et m'appela.
---" Que se passe-t-il ? "dis-je en me frottant les yeux.
---" Il y a des fantômes ici ! "
--- " Et je vous prie , où sont les fantômes ? "
--- " Venez ici et regardez alors." C'était mademoiselle d'Héronville qui avait vu quelque chose à l'autre partie de la chambre. Je regardai.
--- " Eh, c'est un pot ! dis-je,
--- " Oui, mais c'est un pot qui marche !
--- " Comment marche-t-il ? "
Eh bien , il marchait vraiment, s'approchait de Juliette qui dormait profondément.
Je regardai plus attentivement, et en fait le pot bougeait.
--- " Que pensez-vous de cela ? me dit-elle , c'est très extraordinaire ! "
---" Ah, mon Dieu, comme je suis effrayée ! après tout, ce n'est qu'un pot".
--- " Un pot !, Avez-vous déjà vu un pot marcher ? "
J'avoue que cela n'arrive pas souvent. Pendant que nous parlions, le pot s'était visiblement approché.
La veilleuse était au pied du lit et serait bientôt bousculée. Je perdis toute patience.
--- "Où est le diable ? , dit-je, je saurai ce que c'est ". Je donnai un bon coup de pied au pot.
Un poulet qui se trouvait en dessous s'enfuit vers le lit réveilla Juliette. Je me mis à rire. Mademoiselle d'Héronville suivit mon exemple, et Juliette aussi, quand elle sut ce qui s'était passé.

Nous étions perplexes à deviner comment le poulet avait pu se retrouver sous le pot. Ce fut Juliette qui perça le mystère : ce pot était celui avec lequel le cocher avait nourri les oiseaux. Les poulets, sautant sur le bord du pot, l'avaient bouleversé , et l'un d'eux s'était pris au piège. il avait vu la lumière à travers les fissures et les endroits accidentés et avait essayé de se débarrasser de sa couverture.


( à suivre ... )

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